Seymour Hersh : « Les journalistes ne sont pas des menteurs »

hersch-272La guerre du Vietnam, la prison d'Abu Graib, les services secrets... Le journaliste d'investigation américain Seymour Hersh a enquêté sur les affaires les plus importantes des dernières années. Il était était au GIJC vendredi matin pour donner une conférence d'une intensité rare.

Sur la protection des sources

« Je ne conserve rien dans mes ordinateurs, j’ai 300 calepins de notes écrites. Je n'inscris jamais de nom sur mon ordinateur. J’organise toujours des réunions par téléphone. Mais depuis le 11 septembre, le gouvernement peut avoir accès à chaque numéro que je compose... Cela peut attirer des problèmes. Par conséquent, j’ai un bureau secret: je n’utilise pas les bureaux et les téléphones du New Yorker, je n’utilise pas mon propre numéro de téléphone mais celui d’un collègue, je ne parle pas d’informations sensibles au téléphone. Si on trouve votre source, vous êtes cuits. »

« Sans sources anonymes, on ne peut pas travailler. Même si l'on ressent une certaine pression de la part des rédacteurs en chef, il faut continuer à travailler de cette manière. Si j’étais président des Etats-Unis, bien-sûr que je ferais campagne contre les sources anonymes! Mais je suis journaliste. »

Sur le choix des sources

« Les retraités sont parmi mes sources d'informations principales. Un général à la retraite parle plus qu’avant, car tout à coup, il s’ennuie. J’ai eu beaucoup de chance avec des officiers à la retraite, pour la CIA aussi les retraités sont plus ouverts. »

Sur le gouvernement

« C’est le travail du gouvernement que de garder des sujets secrets, et c’est mon travail de les découvrir. Au sein du gouvernement, ils parlent beaucoup plus des journalistes que ce que l'on pense, ils arrivent toujours à savoir ce qui sera dans le journal le lendemain. »

« Les gouvernements mentent. Nous, nous ne mentons pas. Nous faisons des erreurs, mais nous ne sommes pas des menteurs: c'est bien là toute la différence. »

Sur le journalisme en général

« Il n’y a pas de retraite dans notre métier. Pouvez-vous envisager d'arrêtez ce que vous faites ? Si c’est le cas, vous n’avez pas choisi le bon métier… »

« Il ne faut pas interférer avec le reportage, c'est-à-dire ne pas faire du sensationnel. Si l’histoire à raconter est bonne, elle se racontera toute seule, sans artifices. »

« Donnez de l’information, avant de chercher à en recevoir. »

« Les journalistes d’aujourd’hui ont plus d’informations à disposition qu’avant. Il faut regarder vers l’avenir de façon optimiste. »

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