L'investigation sur le changement climatique demande de la créativité et de l'imagination. De la créativité pour dénicher et approcher des sources, de l'imagination pour en exploiter l'information, qui mène souvent le journaliste vers d'autres sources et des sujets connexes.
Brigitte Alfter, du Fonds Européen pour le Journalisme d'Investigation à Bruxelles, a expliqué les difficultés rencontrées pour repérer les lobbyistes des sociétés d'énergie. Selon elle, on peut extraire des informations à partir de l'analyse des bases de données, surtout celles sur les émissions de carbone et les « projets prétexte », ceux qui sont développés par des compagnies pour se construire une image favorable à l'environnement et une « conscience verte » largement diffusée par des campagnes médiatiques.
En préparation de Copenhague
Une des particularités des mois qui ont précédé la conférence de Copenhague fut l'explosion des lobbyistes en représentation des industries dites du « charbon propre ». En conséquence, pendant les négociations, les textes de la conférence ont été édulcorés, et ceux qui étaient censés être un instrument international de droit de l'environnement - basé dans le principe des pollueurs payeurs- avaient perdu leur essence afin d'atteindre le consensus parmi des Etats parfois sous l'influence des lobbyistes des industries.
L'ébauche originale proposée par la Commission européenne était très orientée environnement, mais loin d’être largement admise par le lobby de l'industrie énergétique et financière. Brigitte Alfter a compté environ 69 groupes de lobbyistes d'affaires contre seulement 11 groupes verts. Puis, l'Allemagne et sa très puissante industrie du charbon sont entrés dans les négociations. Le texte original a commencé à rétrécir alors que les négociations se terminaient à Bruxelles, et plus encore lorsque l'influence des lobbys a commencé à se faire sentir dans les capitales des pays influents.
Les pays émergents dans les négociations
Murali Krishnan, rédacteur d'affaires nationales d'Inde, a rappelé que le changement climatique n'est pas vraiment une priorité pour les pays en développement. Les lobbyistes de l'industrie étaient dans le camp du gouvernement,très étroitement liée lui-même aux industries en développement (souvent dans l'exploitation des ressources naturelles qui endommagent sérieusement l'environnement). Les soucis environnementaux ont été souvent perçus par ces deux parties comme des menaces pour la croissance. Mais selon le discours diplomatique, « l'Inde n'a pas voulu être un briseur d'accords mais un producteur d'accords». Des mesures en faveur de l'environnement ont été acceptées, mais peu d'entre elles ont été mises en place.
Le mystérieux marché du carbone
« Le marché du carbone reflète la manière dont le monde a décidé de gérer le changement climatique ». Mark Shapiro, du Centre de Reportage d'Investigation de Berkeley, aux Etats-Unis, s'est adressé à l'auditoire par vidéoconférence (Skype). Durant son intervention, il a présenté le curieux monde du marché des émissions d'anhydride carbonique. Le marché du carbone est à lui seul, l'une des histoires les plus révélatrices du moment. Le carbone est un produit immatériel dont le marché se développe plus rapidement que l'or. Ce marché existe depuis peu, et il se base sur la surveillance de l’accomplissement des promesses, via des mesures de réduction des émissions. Mais qui fait ces mesures, notamment dans les pays en voie de développement ?Schapiro a trouvé d'immenses failles sur ce point. Quelques médias comme Reuters, le Financial Times et The Guardian vendent beaucoup d'articles grâce à la publication de ces mesures. La meilleure manière de contacter des spécialistes en la matière reste d'entrer dans une « conférence sur le business du carbone » et d’y développer son réseau.
