Sur Berlusconi :
"Je trouve vraiment dommages les propos récents de Berlusconi (lors d'une conférence de presse, celui-ci a récemment affirmé que le travail de Roberto Saviano faisait beaucoup de mal à la réputation de l'Italie, NDLR). Aujourd'hui, en Italie, c'est devenu compliqué de parler des organisations criminelles, d'autant plus qu'elles concernent une grande partie des activités économiques du pays. J'ai une position contraire à celle de Silvio Berlusconi: il faut décrypter, parler de la Camorra, pour expliquer ce qu'elle fait. Souvent, les mafias ne tuent pas avec des armes, elles utilisent les médias pour détruire la réputation des personnes. Je suis convaincu que parler de la mafia ne lui fait pas de la publicité."
Sur la Camorra :
"Dans le village où je suis né, depuis ma naissance, 400 personnes ont été tuées. C'est énorme. Le nombre de morts fait souvent la une des journaux italiens - la raison de leur assassinat, par contre, est gardée sous silence. Dans le monde, la mafia italienne est devenu un modèle pour nombre d'organisation criminelles en Amérique du sud, en Espagne. Elle investit également beaucoup à l'étranger, comme par exemple en Ecosse."
Sur sa protection :
"Quand les premières menaces sont arrivées, j'avais la possibilité de partir me réfugier en Finlande, qui m'offrait l'asile. J'aurai littéralement disparu. Je ne l'ai pas fait, parce que j'ai le rêve de pouvoir parler de la mafia. Je suis resté en Italie et par chance, je vis dans le pays qui compte, après la Colombie, le plus de policiers par membre de la population. Je suis donc en permanence avec sept gardes du corps et c'est une vie particulière. Mais en fait, et cela n'a rien d'héroique, je n'ai jamais eu vraiment peur de mourir. C'est paradoxal, parce que je vis dans deux mondes opposés : d'un côté, des gens me disent que je suis en danger et me relatent les indices de préparation d'attentats. De l'autre, des gens me disent que je ne risque rien et que tout cela est exagéré. C'est étrange!"
Sur son travail de journaliste :
"Avant, je pouvais aller dans la rue, rencontrer les personnes et observer la situation. C'est d'ailleurs ce que j'ai fait en enquêtant sur la Camorra, puisque je me suis infiltré. Mais désormais, je ne peux plus faire cela. J'ai essayé une fois, en Calabre, mais c'était trop difficile. Je ne suis plus un reporter de rue, je suis plus un analyste. Mais dans mon malheur, ej suis chanceux : comme je suis asez connu grâce à mon livre, beaucoup de personnes me font confiance pour témoigner et nombre de magistrats dans le monde me donnent leurs documents et dossiers pour que je les étudie. Donc je peux continuer à faire mon métier de cette manière. Je suis privilégié."
Sur son succès :
"Quand j'ai sorti le livre, il a été édité en 500 exemplaires. Je ne pensais pas avoir cette notoriété. Dans la maison d'édition, les personnes aimaient mon style, mais pensaient que les informations n'étaient pas si intéressantes. En fait, c'est le contraire qui s'est produit. J'ai choisi de m'inspirer du style de Truman Capote et son nouveau journalisme pour raconter les choses de manière littéraire. Je pense que c'est ce choix qui a en partie contribué à mon succès."
